Équipe d'experts analysant une architecture cloud multi-fournisseurs sur écrans d'infrastructure numérique
Publié le 17 mai 2024

L’enfermement propriétaire (vendor lock-in) n’est pas une fatalité à combattre, mais un risque financier qui se gère avec une architecture conçue pour l’optionalité.

  • Les coûts cachés (requêtes API, versioning) sont souvent plus piégeux que les seuls frais de sortie de données.
  • La portabilité des applications (conteneurs) est inutile si le format de vos données reste propriétaire.
  • Les services « gratuits » ou les remises sur engagement sont les formes de dépendance les plus courantes.

Recommandation : Auditez votre « coût d’optionalité » : le surcoût que vous payez (ou non) pour conserver la liberté de changer de fournisseur à tout moment.

En tant que CTO ou Lead Tech, vous avez probablement déjà ressenti cette tension. Une nouvelle fonctionnalité attractive est lancée par votre fournisseur cloud, mais elle est propriétaire. L’adopter simplifierait le développement à court terme, mais à quel prix pour votre indépendance future ? La question du « vendor lock-in », ou enfermement propriétaire, est souvent réduite à la problématique des frais de sortie des données. C’est une vision dangereusement simpliste. La plupart des entreprises tombent dans le piège en se concentrant sur les barrières de sortie les plus visibles, tout en ignorant les chaînes invisibles qu’elles forgent au quotidien.

Les conseils habituels — « utilisez l’open-source », « soyez multi-cloud » — sont des platitudes qui masquent une réalité plus complexe. Un service managé basé sur une technologie open-source peut vous lier tout autant par ses intégrations spécifiques, et une stratégie multi-cloud mal conçue ne fait que multiplier les complexités opérationnelles sans garantir une réelle liberté. La dépendance ne vient pas seulement de la technologie, mais aussi des habitudes de vos équipes, des certifications spécifiques et de l’écosystème de services gravitant autour d’une plateforme unique.

Et si la véritable clé n’était pas de fuir à tout prix la dépendance, mais de la transformer en une variable financière maîtrisée ? L’approche que nous allons explorer consiste à ne plus voir le lock-in comme un ennemi, mais comme un risque à évaluer et à piloter. Il s’agit de concevoir une architecture où le coût du changement est connu, anticipé et intégré dans votre stratégie. C’est le concept de « coût d’optionalité » : le prix, parfois explicite, que vous payez pour conserver la liberté de choisir.

Cet article vous donnera les clés pour auditer vos dépendances actuelles, identifier les formes de lock-in les plus insidieuses et construire une feuille de route technique pour garantir l’agilité et l’indépendance de votre stack technologique sur le long terme.

Pour aborder ce sujet de manière structurée, cet article analyse les différentes facettes du vendor lock-in, des coûts cachés aux stratégies d’architecture agnostique. Le sommaire ci-dessous vous guidera à travers ces points essentiels.

Pourquoi votre facture de stockage S3 augmente de 20% sans nouvelles données ?

Le premier signal d’un enfermement propriétaire n’est souvent pas un obstacle technique, mais une ligne qui gonfle sur votre facture mensuelle. Vous analysez votre consommation S3 et constatez une hausse des coûts, alors que le volume de données stockées est stable. Le coupable ? Les coûts cachés, une forme de lock-in opérationnel bien plus subtile que les frais de sortie. Ces coûts ne proviennent pas du stockage lui-même, mais de son utilisation : les requêtes API (GET, PUT, LIST), la gestion des versions, ou les transferts de données entre différentes régions.

Une application mal conçue, effectuant des millions de requêtes « LIST » inutiles sur un bucket, peut faire exploser votre facture. De même, l’activation par défaut du versioning sur des objets fréquemment modifiés crée des copies cachées qui consomment de l’espace et de l’argent. Le fournisseur ne vous empêche pas de partir, mais il rend l’opération de son service si coûteuse et complexe que l’idée même d’une migration devient un casse-tête financier et technique. Cette dépendance se nourrit de l’opacité de la facturation et de la difficulté à auditer précisément la source de chaque micro-coût.

Les frais de sortie de données (egress) sont souvent pointés du doigt, et à juste titre. Par exemple, les frais de sortie AWS peuvent atteindre 0,09 $ par Go pour les premiers téraoctets, un coût prohibitif pour une migration de grande ampleur. Cependant, se focaliser uniquement sur ce point, c’est ignorer que les opérations quotidiennes peuvent représenter une part tout aussi importante de la facture et de la dépendance. La véritable liberté commence par une gouvernance stricte de la consommation et un audit régulier de ces coûts opérationnels.

AWS, Azure ou Google Cloud : lequel est le plus performant pour le Machine Learning ?

Cette question, que de nombreuses équipes techniques se posent, est en réalité un piège. Comparer les performances brutes des plateformes de Machine Learning comme SageMaker, Azure ML ou Vertex AI occulte le véritable enjeu : la portabilité de votre travail. Le lock-in le plus puissant est celui qui s’ancre dans vos modèles, vos pipelines de données et vos processus MLOps. Chaque plateforme propose des outils intégrés extrêmement performants, mais souvent au prix d’une dépendance profonde à leurs API propriétaires.

Utiliser une fonctionnalité spécifique de SageMaker pour l’entraînement distribué peut booster vos performances, mais rendra votre script d’entraînement inutilisable sur Azure ou GCP sans une réécriture complète. C’est un arbitrage constant entre la productivité immédiate offerte par l’écosystème intégré et la flexibilité à long terme. La portabilité ne concerne pas seulement le modèle final (souvent exportable dans un format standard comme ONNX), mais l’ensemble de la chaîne de valeur : préparation des données, entraînement, déploiement et monitoring.

Une architecture MLOps véritablement agnostique repose sur une couche d’abstraction qui découple vos processus du fournisseur sous-jacent. L’utilisation de conteneurs avec Kubernetes est une première étape, mais elle doit être complétée par des outils de pipeline open-source comme Kubeflow ou MLflow, qui permettent de définir et d’exécuter les workflows de manière identique, quel que soit le cloud.

Architecture MLOps agnostique avec conteneurs Kubernetes et pipelines de données distribuées

Ce schéma illustre une approche où les composants applicatifs sont interchangeables, communiquant via des API standards. L’objectif n’est pas de rejeter les services managés, mais de les utiliser comme des briques interchangeables derrière une façade d’abstraction que vous maîtrisez. La performance n’est plus le seul critère ; la portabilité de l’architecture devient un indicateur de performance clé pour votre résilience stratégique.

Le tableau suivant, basé sur une analyse des plateformes MLOps, met en évidence cet arbitrage entre intégration et portabilité.

Comparaison des plateformes ML cloud par portabilité
Plateforme Lock-in technologique Portabilité des modèles Frameworks open-source supportés
AWS SageMaker Élevé (APIs propriétaires) Moyenne (export ONNX possible) TensorFlow, PyTorch, MXNet
Azure ML Moyen Bonne (MLflow natif) TensorFlow, PyTorch, Scikit-learn
Google Vertex AI Moyen Bonne (Kubeflow compatible) TensorFlow, PyTorch, XGBoost

Comment transférer vos données vers un autre cloud sans payer des milliers d’euros ?

Les frais de sortie, ou « egress fees », sont l’arme de dissuasion massive du vendor lock-in. Ils sont conçus pour rendre le coût d’une sortie si élevé qu’il décourage toute tentative de migration. Généralement, les fournisseurs offrent une franchise mensuelle (par exemple, 100 Go), mais au-delà, la facturation au gigaoctet s’active. Pour des volumes de données importants (téraoctets ou pétaoctets), la facture peut facilement atteindre des dizaines ou des centaines de milliers d’euros, transformant vos données en otages numériques.

Récemment, sous la pression réglementaire, notamment en Europe, les grands fournisseurs ont commencé à assouplir leurs positions, mais les conditions restent strictes. La gratuité des frais de sortie n’est souvent accordée que si vous quittez définitivement la plateforme, ce qui nécessite de clôturer votre compte. C’est une option « nucléaire » peu pratique pour des migrations progressives. En pratique, les frais standards de sortie cloud s’élèvent à 0,08€ à 0,09€ par Go après la franchise.

Face à ces barrières, deux stratégies émergent : la négociation et la technique. La négociation peut s’avérer payante pour les grands comptes, comme le montre l’exemple de 37signals, qui a réussi à faire annuler une facture conséquente lors de sa sortie du cloud.

Étude de Cas : La négociation agressive de 37signals

En quittant AWS, l’entreprise 37signals a fait face à une facture de frais de sortie de plusieurs centaines de milliers de dollars. En rendant l’affaire publique et en argumentant sur le caractère anti-concurrentiel de ces frais, l’entreprise a finalement obtenu gain de cause. Une compensation de 250 000 dollars de frais d’egress a été accordée par AWS. Ce cas illustre que ces frais ne sont pas une fatalité et peuvent être contestés, surtout dans le climat réglementaire actuel.

Sur le plan technique, la stratégie du « Strangler Fig Pattern » (ou motif de l’étrangleur) est une approche élégante. Au lieu d’un transfert massif et coûteux, elle consiste à mettre en place une nouvelle application ou une API « façade » qui intercepte les requêtes. Les nouvelles données sont écrites dans le nouveau système (le cloud cible), tandis que les anciennes données sont lues depuis l’ancien système. Progressivement, les fonctionnalités sont migrées une par une vers le nouveau système, et les données sont déplacées en arrière-plan, « asséchant » l’ancien système jusqu’à ce qu’il devienne obsolète. Cette méthode lisse le coût et l’impact opérationnel sur une longue période.

L’erreur de croire que le Cloud sauvegarde vos données automatiquement

Tous les fournisseurs cloud proposent des services de sauvegarde robustes et simples à mettre en œuvre. Créer un « snapshot » d’une base de données ou d’un volume de disque se fait en quelques clics. Cette facilité d’utilisation cache un des pièges les plus redoutables du vendor lock-in : le format propriétaire des sauvegardes. Un snapshot réalisé avec les outils natifs d’un fournisseur A est, dans 99% des cas, totalement inutilisable chez un fournisseur B. Vous disposez bien d’une sauvegarde, mais vous ne pouvez la restaurer que dans l’écosystème où elle a été créée.

Cette dépendance au format de sauvegarde signifie que votre plan de reprise d’activité (PRA) est lui-même prisonnier de votre fournisseur. En cas de panne majeure, de litige contractuel ou de décision stratégique de migrer, vous découvrirez que vos sauvegardes ne garantissent pas la continuité de votre activité, mais seulement la continuité de votre contrat avec le fournisseur actuel. Comme le souligne un expert en la matière :

Un backup n’est utile que s’il est restaurable ailleurs. Les snapshots natifs sont dans un format propriétaire inutilisable chez un autre fournisseur.

– Expert en architecture cloud, Analyse des formats de sauvegarde cloud

La seule stratégie viable est de dissocier votre politique de sauvegarde de l’infrastructure sous-jacente. Cela implique d’utiliser des outils de sauvegarde tiers, agnostiques, qui extraient les données et les stockent dans un format standard et ouvert. Une autre approche consiste à exporter régulièrement les données de vos bases (par exemple, un `pg_dump` pour PostgreSQL) vers un espace de stockage objet, en plus des snapshots natifs. Cela crée une copie de sécurité portable, même si sa restauration est plus complexe. Le critère ultime de la qualité d’une sauvegarde n’est pas sa rapidité de création, mais sa capacité à être restaurée sur une infrastructure différente.

Votre plan d’action : Audit pour des sauvegardes cloud portables

  1. Exporter régulièrement les sauvegardes dans des formats standards (non propriétaires, ex: SQL dump, Parquet).
  2. Tester la restauration sur une infrastructure différente (locale ou autre cloud) au moins une fois par trimestre.
  3. Documenter rigoureusement toutes les dépendances et configurations spécifiques au fournisseur (rôles IAM, security groups).
  4. Utiliser des outils de sauvegarde tiers compatibles multi-cloud (comme Veeam ou Commvault) pour les workloads critiques.
  5. Maintenir une copie « froide » des données les plus critiques chez un second fournisseur ou en local (stratégie 3-2-1).

Quand migrer vers un Cloud souverain pour respecter les nouvelles normes européennes ?

La notion de cloud souverain est passée d’un concept de niche à un enjeu stratégique majeur, notamment en Europe avec le RGPD, le Data Governance Act et le futur Data Act. La question n’est plus « faut-il y aller ? », mais « quand et pour quelles données ? ». L’erreur serait d’envisager une migration massive et indifférenciée. Une approche souveraine doit être calculée et ciblée sur les données et les traitements qui le justifient réellement.

Le principal moteur de cette transition est la conformité réglementaire. Pour les organisations manipulant des données de santé, des données financières sensibles ou des informations liées au secteur public, l’hébergement sur un cloud opéré par une entité européenne et non soumis à des lois extraterritoriales (comme le CLOUD Act américain) devient une nécessité juridique. Le risque n’est plus seulement technique, il est légal et réputationnel. La tendance est claire, comme l’illustre le fait que la Commission européenne consacre 78 millions d’euros à son budget cloud en 2024, avec une volonté de rééquilibrage vers des acteurs locaux.

Cependant, il faut rester pragmatique. Les « hyperscalers » américains conservent une avance en termes de richesse de services, notamment dans les domaines de l’IA et de l’analyse de données. Une stratégie hybride est souvent la plus pertinente : héberger les données sensibles et les traitements réglementés sur un cloud souverain (comme OVHcloud, T-Systems ou Orange Business), tout en continuant à utiliser les services à haute valeur ajoutée des plateformes globales pour les données non-personnelles ou moins critiques. La clé est la ségrégation des données et la mise en place de flux de communication sécurisés entre ces environnements. Le cloud souverain n’est pas un remplaçant, mais un complément stratégique dans une architecture multi-cloud pensée pour la conformité.

Certificat gratuit Let’s Encrypt ou payant à 200€ : lequel pour un site vitrine ?

Le choix d’un certificat SSL peut sembler anodin, mais il est un microcosme parfait du mécanisme de vendor lock-in. De nombreux fournisseurs cloud, comme AWS avec son Certificate Manager (ACM), proposent des certificats SSL/TLS gratuits et entièrement automatisés. L’offre est alléchante : sécurité et simplicité sans frais. Le piège ? Ce certificat est intimement lié à l’écosystème du fournisseur et ne peut être utilisé qu’avec ses propres services (Load Balancer, CloudFront, etc.).

Vous ne pouvez pas exporter la clé privée du certificat pour l’installer sur un serveur chez un autre hébergeur ou en local. Si vous décidez de migrer votre site, vous devrez abandonner ce certificat et en provisionner un nouveau. Ce n’est pas un obstacle insurmontable, mais c’est un point de friction supplémentaire, une petite chaîne qui, ajoutée à d’autres, rend la migration plus complexe. C’est le prix de la gratuité : vous échangez une flexibilité future contre une commodité immédiate.

Le certificat gratuit d’AWS Certificate Manager ne peut être utilisé qu’avec des services AWS. C’est le prix de la gratuité.

– Architecte Solutions Cloud

À l’inverse, un certificat gratuit fourni par Let’s Encrypt ou un certificat payant acheté chez une autorité de certification vous donne un contrôle total. Vous disposez des fichiers (clé privée, certificat) et pouvez les installer sur n’importe quel serveur, chez n’importe quel fournisseur. Pour un simple site vitrine, la différence peut paraître minime, mais c’est une question de principe d’architecture. Choisir systématiquement la solution portable, même pour les petits composants, forge une culture de l’indépendance technologique.

Comparaison certificats SSL : portabilité vs. gratuité
Type de certificat Coût Portabilité Lock-in potentiel
AWS Certificate Manager Gratuit Aucune (AWS uniquement) Total
Let’s Encrypt Gratuit Totale (fichiers exportables) Aucun
Certificat payant 100-200€/an Totale (fichiers exportables) Aucun

À retenir

  • Le coût du « vendor lock-in » est avant tout financier et se mesure par le « coût d’optionalité ».
  • La portabilité des formats de données (sauvegardes, bases de données) est plus critique que celle des applications.
  • Les services managés basés sur l’open-source ne garantissent pas l’absence de lock-in ; leurs intégrations sont souvent propriétaires.

Châssis à moitié vide : est-ce une perte d’argent ou une bonne prévision ?

Cette question symbolise l’un des arbitrages financiers les plus importants dans le cloud : l’engagement contre la flexibilité. Les fournisseurs proposent des remises très attractives via des programmes comme les « Reserved Instances » ou les « Savings Plans ». Le principe est simple : vous vous engagez à consommer une certaine quantité de ressources sur 1 ou 3 ans, et en échange, vous bénéficiez de réductions pouvant aller jusqu’à 70% par rapport au tarif « On-Demand ». Pour un DSI soucieux de son budget, c’est une optimisation évidente.

Pourtant, cet engagement est une forme puissante de lock-in financier. Pendant la durée du contrat, vous êtes lié à ce fournisseur et à cette famille d’instances. Si un concurrent lance une nouvelle technologie plus performante et moins chère, ou si vos besoins architecturaux évoluent radicalement, vous ne pouvez pas en profiter sans perdre votre investissement initial. Le « châssis à moitié vide » — c’est-à-dire payer plus cher en tarif On-Demand sans engagement — n’est alors plus une perte d’argent, mais le prix de votre optionalité. C’est une assurance flexibilité.

Le calcul doit être stratégique. Une étude a montré que payer 20% de plus en tarification On-Demand peut être plus rentable sur 3 ans qu’un engagement ferme si l’entreprise anticipe une rupture technologique ou une baisse des prix du marché. Il faut évaluer la probabilité d’un changement et la comparer au gain immédiat de la remise. Pour les workloads stables et prévisibles, l’engagement reste judicieux. Mais pour les environnements innovants et en constante évolution, la flexibilité du On-Demand est un atout stratégique qui a une valeur quantifiable. La meilleure stratégie est souvent un mix : engager une base de consommation stable et prévisible (environ 60-70%) et garder le reste en On-Demand pour absorber les pics et conserver une marge de manœuvre.

Cloud public ou privé : comment le Cloud hybride sécurise vos données sensibles ?

L’approche hybride, qui combine des ressources de cloud public et d’infrastructure privée, est souvent présentée comme la solution ultime contre le vendor lock-in. Une étude récente révèle d’ailleurs que près de 84% des organisations utilisent des environnements hybrides ou multi-cloud. Cependant, le cloud hybride peut aussi devenir le pire des pièges s’il est construit avec les mauvais outils. Les fournisseurs l’ont bien compris et proposent des solutions « hybrides » propriétaires (comme AWS Outposts ou Azure Arc) qui étendent leur écosystème jusque dans votre propre datacenter, renforçant ainsi la dépendance au lieu de la réduire.

Une véritable stratégie hybride anti-lock-in repose sur une couche d’abstraction agnostique qui couvre l’ensemble de vos environnements. L’objectif est de pouvoir déployer et gérer un workload de la même manière, qu’il tourne sur votre VMWare interne, sur AWS ou sur GCP. Pour cela, l’utilisation de standards ouverts est non-négociable :

  • Orchestration : Utiliser une distribution Kubernetes « pure » (non modifiée par le fournisseur) comme socle commun.
  • Infrastructure-as-Code : Privilégier des outils comme Terraform, qui peuvent piloter des infrastructures sur n’importe quel cloud, plutôt que les outils natifs (CloudFormation, ARM).
  • API et Réseau : Exposer les services via des API Gateways agnostiques et utiliser des solutions de réseau (SD-WAN) qui ne dépendent pas d’un fournisseur unique.

Dans cette optique, l’architecture hybride devient la matérialisation de la stratégie du « coût d’optionalité ». Vous pouvez placer vos données les plus sensibles sur votre cloud privé pour des raisons de sécurité et de conformité, tout en profitant de l’élasticité et de la richesse des services du cloud public pour les workloads moins critiques. Plus important encore, vous conservez la capacité de déplacer un workload d’un environnement à l’autre avec un minimum de friction, car l’abstraction sous-jacente reste la même. L’hybride n’est donc pas une fin en soi, mais un moyen de construire une infrastructure résiliente et stratégiquement indépendante.

En définitive, l’indépendance technologique ne s’achète pas, elle se conçoit. Chaque choix technique, du certificat SSL à l’orchestrateur de conteneurs, est un arbitrage entre commodité immédiate et liberté future. Pour mettre en pratique ces principes, l’étape suivante consiste à réaliser un audit complet de votre architecture actuelle afin d’identifier et de quantifier vos points de dépendance et d’évaluer votre véritable coût d’optionalité.

Rédigé par Karim Benali, Architecte Cloud et expert en cybersécurité certifié, spécialisé dans les infrastructures hybrides et les réseaux critiques. Il aide les DSI à sécuriser leurs données et à optimiser leurs architectures serveur face aux menaces actuelles.