Publié le 12 mars 2024

La fin du cuivre n’est pas qu’une migration de standard téléphonique, c’est le risque de voir des services critiques comme vos alarmes, terminaux de paiement ou ascenseurs, tomber en panne sans préavis.

  • L’enjeu majeur est l’identification des « dépendances cachées » qui utilisent encore le réseau RTC à votre insu.
  • La réussite de la transition dépend autant de l’audit de l’infrastructure physique (gaines, câblage) que du choix technologique (Fibre, 4G/5G).

Recommandation : Lancez dès aujourd’hui un audit exhaustif de toutes vos lignes et équipements connectés. C’est la seule étape qui garantit une transition sans aucune rupture de service.

L’échéance de la fermeture du réseau cuivre, programmée pour s’achever en 2030, semble encore lointaine pour beaucoup. Pourtant, chaque jour qui passe sans un plan d’action concret rapproche votre entreprise d’une coupure de service potentiellement catastrophique. En tant que gestionnaire de parc ou responsable des services généraux, votre plus grand risque n’est pas technologique, mais organisationnel : l’inertie. L’arrêt progressif des lignes analogiques (RTC) et numériques (ADSL) n’est pas une simple mise à jour technique, c’est une refonte forcée de toutes vos communications, y compris celles que vous avez oubliées.

La plupart des discours se concentrent sur la solution évidente : migrer votre téléphonie vers la voix sur IP (VoIP) via la fibre optique. Si cette étape est indispensable, elle occulte la partie la plus critique du projet. Qu’en est-il de votre système d’alarme anti-intrusion, de la téléalarme de votre ascenseur, de vos terminaux de paiement, de vos machines à affranchir ou même de cet antique fax qui sert encore une fois par an ? Ces « dépendances critiques » sont les angles morts de votre migration. Elles reposent sur des lignes que vous payez souvent sans même connaître leur usage, et elles cesseront de fonctionner du jour au lendemain.

La véritable question n’est donc pas quand migrer, mais comment auditer l’intégralité de votre infrastructure, y compris ses aspects les plus physiques et oubliés, pour ne rien laisser derrière. La réussite ne se mesure pas à la vitesse de votre nouvelle connexion fibre, mais à l’absence totale de rupture de service pour l’ensemble de vos opérations. Cet article n’est pas un catalogue de solutions, c’est votre plan d’action de chef de projet pour anticiper chaque point de défaillance, des logiciels de communication jusqu’aux gaines techniques bouchées sur votre terrain.

Cet article a été conçu comme une feuille de route pour vous guider à travers les points critiques de cette transition. Le sommaire ci-dessous vous permettra de naviguer entre les différents chantiers à ouvrir pour sécuriser votre infrastructure.

Pourquoi votre alarme ascenseur ne fonctionnera plus après l’arrêt du RTC ?

C’est l’un des exemples les plus critiques et souvent négligés. La téléalarme de votre ascenseur, obligatoire pour la sécurité des usagers, est très probablement connectée à une ligne téléphonique analogique RTC. Le problème fondamental n’est pas seulement la ligne elle-même, mais son alimentation électrique. Le réseau cuivre fournissait une télé-alimentation directement par la ligne téléphonique, garantissant le fonctionnement de l’alarme même en cas de coupure de courant dans l’immeuble. Une box internet, sur laquelle reposent les solutions VoIP, ne bénéficie pas de cette caractéristique : pas de courant, pas de téléphone, pas d’alarme.

La solution la plus robuste et la plus déployée est la passerelle GSM 4G. Ce boîtier, installé dans le local technique de l’ascenseur, se substitue à la ligne RTC en utilisant le réseau mobile pour transmettre les appels d’urgence. Pour pallier le problème de l’alimentation, ces passerelles sont équipées d’une batterie de secours.

Installation technique d'une passerelle GSM 4G dans un local technique d'ascenseur

Comme le montrent les déploiements actuels, ces dispositifs sont conçus pour être conformes aux normes de sécurité. Les passerelles GSM-ascenseur avec batterie de secours respectent l’obligation européenne de fonctionner pendant au moins une heure en cas de panne de courant. L’installation est rapide, ne nécessite pas de nouveau câblage et rend le système immédiatement opérationnel, vous assurant ainsi une conformité et une sécurité sans faille.

L’erreur de payer pour des lignes analogiques fantômes que personne n’utilise

Au fil des années, les entreprises accumulent des contrats de téléphonie pour des lignes dont l’usage a été oublié. Ces « lignes fantômes » continuent d’être facturées chaque mois pour des services qui ne sont plus utilisés ou qui sont devenus obsolètes (anciens fax, terminaux de paiement remplacés, systèmes d’alarme désactivés). La fin du cuivre est l’opportunité parfaite pour réaliser un audit financier et technique, et ainsi générer des économies substantielles.

Le coût de ces lignes inutiles est loin d’être négligeable. En plus de l’abonnement mensuel, il faut compter les frais de maintenance associés à une technologie vieillissante. Mettre en place un audit systématique est la première étape de votre projet de migration. Il vous permettra non seulement d’identifier les services à migrer, mais aussi ceux à résilier purement et simplement.

Plan d’action : Audit de vos lignes analogiques

  1. Obtenir un relevé exhaustif de toutes vos lignes auprès de votre opérateur (NDI, T0, T2).
  2. Dresser la liste de tous les équipements potentiellement connectés : terminaux de paiement, fax, affranchisseuses, alarmes, télésurveillance.
  3. Identifier les lignes non utilisées depuis plus de 6 mois via l’analyse détaillée des factures et des journaux d’appels.
  4. Vérifier sur site les équipements oubliés : compteurs télérelevés, anciens systèmes de surveillance, modems industriels dans les locaux techniques.
  5. Calculer le coût annuel des lignes inutiles et estimer les économies potentielles pour justifier le projet de migration.

L’impact financier de cet audit est souvent immédiat et significatif, comme le démontre cette analyse comparative des coûts.

Comparaison des coûts : lignes RTC fantômes vs migration VoIP
Poste de coût Situation actuelle (RTC) Après migration (VoIP) Économies annuelles
3 lignes fantômes non utilisées 540€/an (15€ x 3 x 12 mois) 0€ 540€
Maintenance lignes obsolètes 300€/an 0€ 300€
Communications nationales 1200€/an 600€/an (forfait illimité) 600€
Total 2040€/an 600€/an 1440€/an

Quand migrer votre standard téléphonique vers le VoIP pour éviter la coupure forcée ?

La réponse est simple : le plus tôt possible. Attendre l’annonce de la « fermeture de plaque » technique dans votre zone par l’opérateur vous place dans une situation d’urgence où vous n’avez plus le contrôle. Vous subissez les délais des installateurs, les ruptures de stock de matériel et une négociation commerciale défavorable. De nombreuses entreprises découvrent à ce moment-là des dépendances critiques oubliées, laissant très peu de temps pour organiser une migration sereine et risquant une rupture de service pure et simple. L’attentisme est un pari risqué, car selon une étude récente, seulement 20% des entreprises peuvent continuer leur activité sans impact en cas de coupure réseau.

Une migration réussie est une migration anticipée et planifiée. Elle doit être gérée comme un projet à part entière, avec un rétroplanning précis qui inclut non seulement les aspects techniques, mais aussi humains. Il faut prévoir une phase de test de la nouvelle solution (environ deux semaines), un plan de formation des employés pour qu’ils s’approprient les nouveaux outils (une semaine), et une communication claire vers vos clients et fournisseurs pour mettre à jour les numéros de téléphone dans leurs bases de données, au moins un mois avant la bascule définitive.

L’audit préventif devient donc un impératif stratégique. Il vous donne le temps de choisir la meilleure solution technique, de négocier les meilleurs tarifs et, surtout, de garantir une transition transparente pour vos collaborateurs et vos clients. Agir maintenant, c’est garder la maîtrise de votre calendrier et de votre budget.

Fibre, 4G Box ou Satellite : quelle solution quand le cuivre disparaît en zone rurale ?

Pour les entreprises situées en dehors des zones urbaines denses, la fin du cuivre pose une question cruciale de connectivité. Si la fibre optique reste la solution de référence, elle n’est pas encore disponible partout. Heureusement, des alternatives viables existent, chacune avec ses propres caractéristiques. Le choix dépendra de vos usages critiques : avez-vous besoin d’une faible latence pour des applications en temps réel, d’un débit symétrique pour l’envoi de fichiers lourds, ou d’une garantie de temps de rétablissement (GTR) en cas de panne ?

La matrice de décision suivante permet de comparer rapidement les principales technologies disponibles pour remplacer le cuivre en zone rurale.

Matrice de décision pour entreprises en zone rurale
Technologie Latence moyenne Symétrie débit GTR disponible Coût mensuel moyen
Fibre FTTH < 5ms Oui (jusqu’à 1Gb/s) 4h à 8h 50-150€
Fibre FTTO < 3ms Oui (garantie) 4h garantie 300-800€
4G Box Pro 20-50ms Non Non standard 40-80€
Satellite LEO 20-40ms Variable Best effort 50-100€

Au-delà du choix d’une technologie principale, la stratégie la plus résiliente consiste à combiner les solutions. Une approche de plus en plus courante est l’utilisation d’une connexion fibre comme lien principal, sécurisée par une connexion 4G/5G en backup. Grâce à des routeurs intelligents (SD-WAN), le basculement est automatique en cas de défaillance de la fibre. Comme le souligne une analyse du secteur, près d’un quart des entreprises optent pour cette sécurisation. Cela permet de garantir une disponibilité quasi totale du service, évitant une coupure à 100% et permettant de continuer à travailler même en cas d’incident sur le réseau principal.

Que faire des tonnes de câbles de cuivre retirés du sol ?

La question du démantèlement de l’ancien réseau est légitime. Une fois la migration effectuée, que deviennent les kilomètres de câbles de cuivre qui ne sont plus utilisés ? Contrairement à une idée reçue, ces câbles ne sont pas simplement abandonnés. Ils représentent une ressource précieuse qui est systématiquement récupérée et recyclée. Le cuivre est un métal dont la valeur est élevée sur le marché des matières premières, et son recyclage est un processus mature et efficace.

Cette transition a également un impact environnemental positif. Au-delà du recyclage du métal, le passage à la fibre optique est une avancée écologique majeure. En effet, selon les données des experts du secteur, la fibre est 4 fois moins énergivore que le cuivre pour transporter la même quantité d’information. Votre projet de migration s’inscrit donc aussi dans une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) en réduisant l’empreinte carbone de vos activités numériques.

En tant que gestionnaire de parc, vous devez également organiser le recyclage de vos propres équipements devenus obsolètes. Voici les étapes à suivre :

  • Inventorier tous les équipements télécoms obsolètes : PABX, téléphones analogiques, modems, et l’ancien câblage interne.
  • Identifier les filières de Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) professionnelles agréées dans votre région.
  • Exiger un certificat de destruction ou de recyclage qui pourra être intégré à votre bilan RSE.
  • Négocier la reprise des anciens équipements par votre nouveau fournisseur lors de l’achat du matériel de remplacement.

Quand remplacer vos routeurs actuels pour être compatible avec la 5G Standalone ?

La fin du cuivre coïncide avec l’émergence de nouvelles technologies de connectivité, notamment la 5G Standalone (SA). Contrairement à la 5G actuelle (Non-Standalone), qui s’appuie encore sur un cœur de réseau 4G, la 5G SA est un réseau 100% 5G, offrant une latence ultra-faible et des fonctionnalités avancées comme le « network slicing » (découpage du réseau en tranches virtuelles avec des garanties de service dédiées). Pour une entreprise, cela signifie la possibilité d’avoir une tranche de réseau réservée à la voix (VoIP), avec une qualité de service garantie, même en cas de saturation du réseau.

Cette technologie devient une solution de backup extrêmement performante pour une connexion fibre, voire une solution principale dans certains cas. Cependant, pour en tirer parti, votre équipement réseau, et en particulier votre routeur, doit être compatible. Un routeur vieillissant ne saura pas gérer ces nouvelles fonctionnalités et deviendra un goulot d’étranglement. Le remplacement de vos routeurs n’est donc pas une simple question de compatibilité, mais un choix stratégique pour pérenniser votre infrastructure de communication.

Voici les points clés à vérifier pour vous assurer que votre futur routeur est prêt pour la téléphonie post-cuivre :

  • Compatibilité 5G SA : C’est le prérequis de base, à vérifier dans les spécifications techniques.
  • Gestion de la Qualité de Service (QoS) : Le routeur doit permettre de prioriser les flux voix par rapport aux autres données (email, web…).
  • Failover automatique : Il doit pouvoir basculer instantanément et sans coupure de la connexion fibre vers la 5G en cas d’incident.
  • Support du Network Slicing : Pour bénéficier des garanties de service offertes par les opérateurs sur la 5G SA.
  • Compatibilité VoLTE (Voice over LTE) : Assure la continuité des communications vocales sur le réseau 4G/5G.

Comment déboucher une gaine télécom sur votre terrain sans tout casser ?

C’est le cauchemar du raccordement à la fibre : le jour J, le technicien arrive et vous annonce que la gaine (le « fourreau ») entre la rue et votre bâtiment est bouchée ou écrasée. Le chantier est stoppé, et vous voilà face à des retards et des coûts imprévus, parfois avec la perspective de devoir creuser une tranchée. Ce problème, purement physique, est l’un des points de défaillance les plus courants et les plus frustrants. Il est souvent dû à des racines, des tassements de terrain ou des travaux anciens qui ont endommagé le conduit.

Avant d’envisager la solution radicale de la tranchée, plusieurs méthodes moins destructrices peuvent être employées. La première étape est de localiser le blocage. Un simple test de passage d’air ou l’utilisation d’une aiguille tire-fil en nylon peuvent donner une première indication. Si le blocage persiste, l’intervention d’un professionnel est nécessaire.

Technicien inspectant une gaine télécom avec caméra endoscopique

Face à une gaine bouchée, il est essentiel d’agir méthodiquement pour éviter des travaux lourds. Voici une liste d’actions à considérer :

  • Solutions simples à tenter soi-même : Utiliser un lubrifiant spécialement conçu pour les câbles télécoms peut aider à faire passer l’aiguille.
  • Identifier le point de blocage : Une aiguille tire-fil graduée permet de mesurer la distance jusqu’à l’obstacle.
  • Faire appel à un professionnel : Pour un blocage à plus de 20 mètres, dans un coude serré ou si vous suspectez un écrasement, ne forcez pas.
  • Techniques professionnelles : L’inspection par caméra endoscopique permet de visualiser la nature de l’obstacle. L’hydrocurage à basse pression peut déloger des bouchons de terre ou de débris.
  • Vérifier la responsabilité : Avant toute intervention coûteuse, identifiez le point de démarcation entre le domaine public et votre propriété privée pour savoir qui de l’opérateur d’infrastructure ou de vous-même doit prendre en charge les travaux.

À retenir

  • L’audit doit aller au-delà de la téléphonie : inventoriez tous les équipements critiques (alarmes, TPE, ascenseurs) connectés au réseau cuivre.
  • Ne sous-estimez jamais les blocages physiques : une gaine bouchée ou un câblage interne défaillant peuvent stopper net votre projet de migration.
  • Anticiper la migration est toujours moins coûteux et moins risqué que de la subir dans l’urgence suite à une coupure forcée.

Comment réussir son raccordement fibre quand on habite une maison ancienne ?

Le raccordement à la fibre dans un bâtiment ancien, qu’il s’agisse de bureaux dans un immeuble haussmannien ou d’une usine historique, présente des défis uniques. Les murs porteurs épais, l’absence de goulottes techniques modernes, les contraintes architecturales ou les règles imposées par un syndic de copropriété peuvent complexifier considérablement l’installation. Un raccordement réussi dans ce contexte ne s’improvise pas et doit être abordé comme un mini-projet de travaux.

L’anticipation est, encore une fois, la clé. La pire approche serait de laisser le technicien de l’opérateur découvrir les contraintes le jour de l’intervention. Pour éviter les retards, les surcoûts et les installations inesthétiques (câbles apparents), un plan d’action doit être établi en amont. L’objectif est de préparer le terrain pour faciliter le travail du technicien et garantir un résultat fonctionnel et discret, respectueux de l’intégrité du bâtiment.

Voici le plan d’action à suivre pour piloter votre raccordement dans un bâtiment ancien :

  • Commander une étude de site préalable : Faites venir un spécialiste pour définir le meilleur trajet pour la fibre et produire un plan de câblage détaillé.
  • Identifier toutes les contraintes : Listez les murs à percer, les passages possibles, l’absence de faux plafonds ou de goulottes, et les règles spécifiques de la copropriété ou des Bâtiments de France si applicable.
  • Planifier l’emplacement optimal de la Prise Terminale Optique (PTO) : Elle doit être placée dans un endroit central pour optimiser la couverture Wi-Fi ou à proximité de votre baie de brassage.
  • Prévoir les travaux annexes nécessaires : Percements, pose de goulottes discrètes, voire travaux de maçonnerie légers.
  • Anticiper la couverture Wi-Fi post-migration : Les murs épais qui compliquent le passage de la fibre bloquent aussi les ondes Wi-Fi. Prévoyez un système de répéteurs, de Wi-Fi Mesh ou un câblage Ethernet complémentaire.

Un projet de raccordement réussi est un projet bien préparé. Pour en garantir le succès, il est essentiel de suivre une démarche structurée et d'anticiper chaque étape.

La transition du cuivre vers la fibre est une contrainte qui doit être transformée en opportunité : celle de moderniser, sécuriser et optimiser l’ensemble de votre infrastructure de communication. Pour démarrer ce projet sur des bases solides, la prochaine étape logique est de lancer un audit complet et détaillé de votre parc existant. Évaluez dès maintenant les solutions les plus adaptées à vos besoins spécifiques pour piloter cette migration en chef de projet, et non en spectateur.

Rédigé par Karim Benali, Architecte Cloud et expert en cybersécurité certifié, spécialisé dans les infrastructures hybrides et les réseaux critiques. Il aide les DSI à sécuriser leurs données et à optimiser leurs architectures serveur face aux menaces actuelles.